Conakry, le 22 mai 2020 – Le Conseil scientifique s’est réuni le mardi 05 Mai 2020 et a émis ce présent avis qui porte sur quatre (4) dimensions :

l . De l’organisation de la riposte,

  1. Du dépistage et suivi des contacts ;
  2. De la prévention, communication et engagement national et communautaire ;
  3. De la prise en charge des patients au niveau des Centres ainsi que la place de la médecine traditionnelle dans la riposte contre la pandémie à Covid-19.

Avant de procéder à l’élaboration de ce présent avis, le Conseil scientifique

           S’est réjoui des efforts déployés pour la mise en œuvre effective de la recommandation ci-dessous contenue dans le premier avis :

 L’hospitalisation/isolement de tous les cas COVID-19, avec des moyens adéquats au profit de tous les patients, pour une prise en charge adaptée et multidisciplinaire en milieu hospitalier ou tout autre lieu dédié; l’identification de nouvelles structures d’accueil des malades auxquelles on adapterait les critères requis pour un centre/pavillon d’hospitalisation hautement infectieux la disponibilité d’un nombre de personnel de santé suffisant, capable de s’occuper des malades 24h/24 est indispensable dans toutes les structures sanitaires et autres lieux dédiés ; o Néanmoins, il est à noter qu’à ce jour, tous les lieux identifiés pour augmenter les capacités d’accueils des cas positifs, ne sont pas encore fonctionnels étant donné que les cas suspects et les contacts ne sont toujours pas isolés par manque de local adapté.

           Déplore la non application des 8 autres recommandations contribuant à la rupture de la chaine de contamination communautaire. Cette situation compromet les efforts de lutte contre la pandémie, car l’urgence des urgences est de freiner la contamination communautaire.

Le Conseil scientifique constate :

  1. De l’organisation de la riposte

                Une domination de la dimension prise en charge sanitaire dans les efforts de riposte contre la pandémie au détriment des autres dimensions (surveillance épidémiologique, communication, engagement communautaire, etc.) ;

 Une riposte faiblement coordonnée, décentralisée, inclusive et participative de l’ensemble des acteurs qui peuvent permettre d ‘inverser la tendance épidémiologique ,

                Une trop grande verticalité de la riposte autour d’un seul acteur au détriment d’une réponse systémique ;

                Une absence de suivi, de supervision et de redevabilité rigoureux de la riposte ;

                Une augmentation continue de l’incidence et de la distribution de la pandémie dans la Capitale et à l’intérieur du pays ;

                Une absence de cartographie des zones, lieux et populations à haut risque ,

                Un manque d’optimisation de la contribution du secteur privé, en particulier le secteur minier à la lutte contre le Covid-19 ;

                L’inexistence de mécanismes de suivi des recommandations du Conseil scientifique de la riposte (CSR-Covid-19).

  1. Du Dépistage et suivi des contacts

                    Une attitude peu réactive du système de la riposte face à la propagation de la pandémie, avec une stratégie qui consiste à attendre que les personnes qui développent des symptômes se présentent pour se faire dépister ;

                    Une difficulté à répertorier, tester et suivre tous les contacts et les contacts des contacts des personnes déclarées positives sur le territoire national ;

                    Une méconnaissance du nombre de personnes contacts dans les chainons épidémiologiques, du nombre moyen de personnes contaminées par cas positifs et des dynamiques de transmission de la maladie ;

                    Une indisponibilité d’informations sur le profil épidémiologique des personnes testées positives et des contacts, y compris leur localisation géographique

 Un dépistage insuffisant et sélectif, en raison de la faible disponibilité des tests et de la capacité d’accueil des structures de prise en charge, doublé de lourdes lenteurs dans le rendu des résultats aux personnes prélevées et à leurs familles, contribuant à une frustration grandissante au sein de la population

                    Un non respect du délai normatif de 48 heures pour le rendu des résultats aux cas positifs au Covid-19 ;

 Une sous-estimation de l’ampleur de l’épidémie en raison de l’impossibilité pour le système de procéder à un dépistage de grande envergure à cette phase de l’évolution de la pandémie ;

                    Une insuffisance de la décentralisation et du nombre de sites de prélèvements au niveau des Communes de Conakry

 Une incapacité de localiser 791 cas positifs restant à rechercher à la date du 05 Mai 2020 ;

                    Une absence de système d ‘information au niveau communautaire pour la notification des décès à domicile dus au Covid-19.

  1. De la Prévention, communication et engagement communautaire

             La persistance de certaines mauvaises pratiques au sein de la population y compris le déni de la maladie, l’indifférence, le non-respect des gestes barrières, le déplacement de personnes suspectes et des contacts, l’organisation et ou la participation à des funérailles, mariages, baptêmes et autres cérémonies religieuses etc. ,

             Une communication inappropriée sur l’origine, le mode de contamination, de prévention et de traitement ,

             Une surabondance d ‘informations qui circulent concernant le Covid-19 avec des rumeurs et inf01mations erronées qui se répandent rapidement via les réseaux sociaux, empêchant ainsi une frange importante de la population d’appliquer les gestes barrières et d’adopter des mesures efficaces qui protègent de la contamination

             Une absence de politique suffisamment claire d’acquisition, de distribution et d ‘utilisation des intrants de la réponse à la pandémie au niveau communautaire

             Une focalisation sur les soins des malades dans les centres de prise en charge non associée à des mesures préventives au sein de la famille et de la communauté et des autres structures sanitaires pour contrôler la pandémie ;

             Une faible implication des autorités locales, organisations de la société civile (OSC) et

Organisations non gouvemementales (ONG) dans la prévention de la pandémie

             La non prise en compte des structures privées dans le renforcement des capacités en prévention contre l’infection (PCI) et dans l’acquisition des matériels de protection ,

             Une désinfection non systématique des domiciles des familles des cas positifs au Covid19

             Une information peu ciblée sur les populations pour favoriser leur changement de comportement en vue de les protéger du Covid-19 ;

             Une absence d’information sur les connaissances réelles de la population sur la maladie ainsi que sa perception des risques associés et de la riposte en cours

             Une insuffisance de l’effet de la mise en quarantaine de Conakry dans la préservation des populations des préfectures de l’intérieur de la transmission du Covid-19

             Une insuffisance de sursaut national et de solidarité pour une mobilisation générale dans un élan de patriotisme renforcé contre le Covid-19 ;

  1. De la Prise en charge des patients au niveau des Centres ainsi que la place de la médecine traditionnelle dans la riposte contre la pandémie du Covid-19.

4.1. Prise en charge des patients

                Une non application des procédures opératoires standardisées (POS) sur les mesures de prévention et de contrôle des infections (PCI) ;

                La non vulgarisation du protocole et du guide de prise en charge des patients COVID-19 ainsi que la non prise en compte de certains aspects de la prise en charge des patients, notamment la gestion des co-morbidités (diabète, hypertension artérielle.. .);

                Une non optimisation de la prise en charge hospitalière des patients, notamment l’alimentation, la salubrité, la PCI, les ruptures de médicaments, les équipements de protection individuelle (EPI), de matériels médicaux, la non réalisation des examens paracliniques biologiques (hématologie, biochimie…) et d’imagerie (radiographie pulmonaire, scanner…) chez les patients ;

                Un retard dans le rendu des résultats des tests diagnostiques des patients hospitalisés entrainant de longs délais de séjours hospitaliers et justifiant des mécontentements de patients et de leurs proches ;

                Une absence de suivi des patients guéris du COVID 19 ;

 Une absence d’études scientifiques permettant d’évaluer l’efficacité des différents protocoles thérapeutiques en cours et à venir •

                Une absence de prophylaxie médicamenteuse et d’un soutien psychologique aux soignants avec pour conséquence une automédication préventive chez ces demiers qui pour la plupart évoluent dans un environnement hospitalier stressant et familial stigmatisant ,

                Une mobilisation des tradipraticiens Guinéens et Africains ainsi que de nombreuses propositions de remèdes à base de plantes.

Au regard de ces faits, le Conseil scientifique demande :

De changer de paradigme et d’adopter une stratégie renforcée de riposte sanitaire autour de quatre (4) principes et de six (6) axes :  Des Principes .

  1. Une Mobilisation générale de toutes les parties prenantes sur une base inclusive et participative ;
  2. Une Gestion collégiale de la riposte ;
  3. Une Décentralisation des opérations ;
  4. Une Contractualisation des interventions.  Des Axes :

l . Une réorganisation de la synergie des acteurs de la riposte ;

  1. Un dépistage décentralisé de tous les contacts et suspects avec un rendu des résultats dans les 48h ;
  2. Un isolement et suivi des contacts ;
  3. Une prise en charge correcte des cas ,
  4. Une communication à partir d’évidences et un engagement national et communautaire renforcé ;
  5. Une coordination des activités et un suivi régulier par une documentation des tendances

Le Conseil recommande :

  1. De l’organisation de la riposte

1                  ère : Procéder à la réorganisation de la synergie des acteurs de la riposte à travers la mise en place (i) d ‘un schéma opérationnel, une synchronisation et une meilleure coordination de l’action de tous les intervenants ; (ii) d’un système inclusif de participation et de collaboration entre tous les intervenants ; (iii) la spécialisation en fonction des avantages comparatifs de tous, les acteurs impliqués ; et (iv) d’un système de supervision robuste de tous les acteurs de la mise en œuvre de la riposte.

2                  ème : Faire en sorte que la riposte soit systémique en partageant les responsabilités entre tous les acteurs du système de santé (Ministère de la Santé et ses démembrements notamment l’ANSS, I’INSP, les Directions centrales, les laboratoires, les EPA et Services rattachés, les Directions régionales de la santé, les Directions Préfectorales de la santé et les Directions communales de la santé) en vue d’améliorer l’efficacité de la riposte ;

3                  ème : Instaurer un système cohérent de gestion, de redevabilité des différentes parties prenantes de la riposte et de collaboration renforcée avec les autres Ministères sectoriels (MATD, Ministères en charge de l’Education, MASPF, Affaires Religieuses, Communication, Jeunesse, Sécurité), les partenaires techniques et financiers y compris les OSC et les ONG ;

4ème : Mettre en place des équipes intégrées opérationnelles au niveau communal et communautaire (dépistage, isolement, suivi des contacts, prise en charge, hygiène, communication et sensibilisation) pour assurer une conduite holistique et intégrée du processus de riposte à la base.

5eme .• Procéder à la cartographie du secteur privé en particulier le secteur minier pour•explorer les opportunités d’appui aux structures de santé, aux écoles et aux communautés dans leur zone d ‘intervention

6ème : Mettre en place un mécanisme formel de suivi des recommandations du Conseil (CSRCovid – 19) auprès du Premier Ministre, dans le but d’améliorer la gestion globale de la riposte.

  1. Du dépistage et suivi des contacts
  2. l. Du dépistage

7ème : Organiser systématiquement le dépistage de tous les cas suspects et de tous les contacts des cas positifs par le biais d’une décentralisation effective au niveau des communes, Préfectures et zones, lieux et population à haut risque, avec une augmentation progressive du nombre de sites et de tests ;

ème : Veiller à la disponibilité des tests, réactifs et matériels de prélèvement et à leur qualité pour se prémunir des ruptures de stocks préjudiciables au contrôle de la pandémie ,

9ème : S’assurer du respect du délai normatif de 48 heures pour le rendu des résultats aux cas positifs du Covid-19.

                   2.2. Du suivi des contacts

I ()eme : Renforcer les mesures pour l’identification systématique des contacts et des contacts des contacts dans la communauté à travers l’implication de la Direction de la Santé de la Ville de Conakry (DSVCO), les Directions Communales de la Santé (DCS), les Districts sanitaires (DPS), des mobilisateurs sociaux, des agents communautaires et des autorités au niveau décentralisée ;

I I ème : Poursuivre l’identification de locaux adaptés pour les centres d’isolement des suspects et des contacts en fonction de l’évolution de la situation ;

  1. De la Prévention, communication et engagement communautaire
  2. l. De la Prévention

12ème : Rendre disponibles les intrants (masques, kits de lavage des mains, savons, gel hydroalcoolique etc.) au niveau de tous les ménages en situation précaire

13 ème : Renforcer davantage l’observation des gestes barrières ainsi que le port de masques par tous les citoyens tant à Conakry qu’à l’intérieur du pays pour contribuer à la réduction de la transmission et de la propagation de la maladie

                   3.2. De la Communication

14ème : Réévaluer régulièrement la stratégie de communication sur le Covid-19 en y intégrant des éléments qui mettent l’accent sur (i) les évidences qui orientent le contenu de la communication (ii) les connaissances, les attitudes et les comportements du public relatifs aux risques de la maladie pour bien cerner sa perception sur les risques ; (iii) un programme de formation sur l’origine, le mode de contamination, de prévention et de traitement en direction des couches socio-professionnelles comme les joumalistes, les guérisseurs traditionnels, les élus locaux, les religieux etc.; (iv) la mise en place de lignes directrices nationales portant sur la diffusion continue d’informations au public selon les niveaux (v) l’instauration d’une évaluation systématique de la stratégie de communication pour l’adapter à l’évolution du contexte.

15 ème : Élargir la couverture géographique et linguistique de la communication de crise dans le cadre de la riposte par la synchronisation avec toutes les radios rurales et privées du pays et sur les réseaux sociaux pour amener les populations à admettre l’existence de la maladie

1 6ème  Encourager le témoignage volontaire des personnes bien connues du public qui ont été malades et guéris du Covid-19 ainsi que les professionnels et experts de la santé dans la diffusion de l’information à la population par les média publics et privés pour lutter contre les « fake news».

                   3.3. De l’engagement national et communautaire renforcé

17ème : suggère fortement que Monsieur le Président de la République : i) organise des rencontres officielles avec les forces vives de la Nation (Acteurs politiques, partenaires sociaux et partenaires techniques et financiers) pour assurer une mobilisation générale ; ii) s’adresse, encore une fois, à la Nation pour exiger la cohésion et la solidarité nationale en particulier pendant cette période difficile de la riposte ;

1 8 ème . Impliquer les Départements ministériels en charge des services déconcentrés et décentralisés, des jeunes et des femmes, du système éducatif et de la communication, etc. , 19 ème : Engager davantage la société civile, les leaders communautaires, religieux et politiques à participer à l’information, la sensibilisation et la communication sur les mesures individ uelles et publiques de prévention du COVID-19.

  1. De la Prise en charge des patients au niveau des Centres ainsi que la place de la médecine traditionnelle dans la riposte contre la pandémie du Covid-19.

                   4.1. Prise en charge des patients

20ème : Diffuser largement à tous les niveaux y compris le secteur privé, les procédures opératoires standards sur les mesures de PCI en tenant compte des niveaux de risque et dans les sites de prise en charge des patients COVID -19 ; assurer également la protection du personnel de santé à tous les niveaux de la pyramide de soins, a travers la mise à disposition continue des EPP.

21 Diffuser les amendements apportés par les cardiologues, diabétologues et autres spécialités sur le protocole de prise en charge revu et amendé par le CSR COVID-19 ;

22ème : Optimiser la prise en charge des patients par la réalisation d’examens complémentaires biologiques et d’imagerie paniculièrement chez les patients présentant des co-morbidités et/ou un syndrome de détresse respiratoire

23 ème : Renforcer les capacités des équipes de prise en charge par le recrutement et la formation de personnel additionnel et la mise à sa disposition de matériels médicaux (tensiomètres,

24ème  Améliorer le circuit des résultats de laboratoire en priorisant les patients hospitalisés. Une augmentation de la capacité de diagnostic des laboratoires dont certains exclusivement dédiés aux hospitalisations ,

25ème : Élaborer un protocole de suivi des patients guéris du CO VID 19 à leur sortie des Centres de prise en charge afin de répondre à certaines préoccupations notamment immunologiques chez ces patients suivis

26eme Élaborer un protocole thérapeutique prophylactique pour les soignants avant d’envisager son utilisation à plus grande échelle. Assurer également un soutien psychologique aux soignants pour prévenir le syndrome de « Burn Out » ;

27ème  Mettre en place des essais cliniques permettant d’évaluer l’efficacité des différents traitements (produits de synthèse ou phytomédicaments), se mesurant par la tolérance, la régression des signes cliniques et de la charge virale.

                   4.2. Médecine traditionnelle

28ème. Identifier les ingrédients composant tout produit traditionnel et une identification botanique de toute espèce végétale proposée ;

29ème : Mettre à jour les données de la littérature suivie d’une fomnulation galénique stable et diffusible de tout phytomédicament élaboré ;

30ème : Valider auprès du Comité National d’Éthique pour la Recherche en Santé de tout protocole d ‘essai clinique avant toute application.

Professeur Yolande HYJAZI

Transmis par la Cellule de Communication du Gouvernement